Devenir instructeur de vol (FI) : prérequis et formation
L’instructeur de vol — le FI, pour Flight Instructor — est le pilote qui forme les autres pilotes. C’est une qualification à part entière encadrée par la réglementation européenne. Son obtention nécessite un niveau de licence et d’expérience à l’entrée et une formation dédiée. Une fois obtenue, l’instructeur ne pourra initialement exercer que sous supervision d’un instructeur expérimenté. Pour de nombreux pilotes, il s’agit de l’un des premiers métiers exercés après la licence de pilote professionnel. Cet article décrit ce qu’autorise la qualification FI, les prérequis pour y accéder, le déroulé de la formation et les débouchés.
Qu’est-ce qu’un instructeur de vol (FI) ?
L’instructeur de vol, ou FI (Flight Instructor), est un pilote autorisé à dispenser de l’instruction en vol pour la délivrance, la prorogation ou le renouvellement des licences et des qualifications du stagiaire. C’est la qualification d’instructeur de base du système européen : c’est par lui que la plupart des instructeurs commencent.
Ses privilèges sont définis par la réglementation européenne (EASA, règle FCL.905.FI). Un instructeur avion — FI(A) — peut former à la licence de pilote privé (PPL) et à la licence de pilote d’avion léger (LAPL), aux qualifications de classe et de type pour les avions monopilotes, ainsi qu’aux qualifications de vol de nuit, de remorquage ou de voltige, sous réserve d’en remplir les conditions propres. Avec de l’expérience, ses privilèges peuvent s’étendre : il peut former à la licence professionnelle (CPL) une fois au moins 200 heures d’instruction en vol accomplies dans la catégorie, à la qualification de vol aux instruments (IR) sous conditions, et même former d’autres instructeurs après 500 heures d’instruction (FI de FI).
Le FI n’est pas le seul type d’instructeur. À côté de lui existent des certificats spécialisés — instructeur de qualification de classe (CRI), de vol aux instruments (IRI), de qualification de type (TRI), entre autres — que nous situons plus loin. Néanmoins, le FI reste la porte d’entrée de l’instruction.
Pourquoi devenir instructeur
Les motivations sont variées. Pour certains, c’est d’abord le goût de la transmission, ou le souhait d’exercer ce métier pour lui-même : en école ou en aéroclub, l’instruction est une carrière à part entière. Certaines personnes ayant une vie professionnelle autre que pilote complètent celle-ci par une véritable « carrière » d’instructeur (en club principalement).
Pour beaucoup de pilotes qui se destinent à l’aviation commerciale, c’est autre chose. Une fois la licence professionnelle (CPL) obtenue, la qualification d’instructeur est souvent le moyen d’accéder à un premier emploi rémunéré, en attendant un poste en aviation d’affaires, en aviation privée ou en compagnie. C’est une façon de vivre du pilotage dès la sortie de formation et de gagner en expérience : encadrer des élèves, décider, garantir la sécurité du vol font mûrir le pilote et le font monter en compétence. Beaucoup choisissent de commencer par là pour acquérir cette expérience et ce recul avant de rejoindre la ligne, où le métier est différent.
Les prérequis pour entrer en formation FI(A)
L’accès à la formation d’instructeur avion suppose un socle de licence et d’expérience, fixé par la réglementation européenne (EASA, règle FCL.915.FI). À l’entrée, le candidat doit remplir les conditions suivantes.
- Détenir au moins une licence professionnelle CPL(A) ; ou détenir une licence de pilote privé PPL(A) et avoir réussi l’examen théorique du CPL — examen que l’on peut passer sans suivre le cours théorique correspondant, et qui ne vaut pas délivrance d’un CPL. Cette réussite de la théorie CPL n’est pas exigée pour un instructeur destiné à former au seul niveau LAPL.
- Avoir accompli au moins 200 heures de vol sur avions ou motoplaneurs (TMG), dont 150 heures comme commandant de bord, pour le candidat venant de la licence privée.
- Avoir reçu au moins 10 heures d’instruction au vol aux instruments, dont 5 heures au plus peuvent être effectuées au sol sur simulateur.
- Avoir effectué au moins 20 heures de vol de navigation en VFR (vol à vue) comme commandant de bord.
- Avoir accompli au moins 30 heures sur la classe ou le type d’avion utilisé pour la formation, dont 5 heures dans les 6 mois précédant le test d’entrée.
- Avoir réalisé un vol de navigation en VFR comme commandant de bord comprenant un trajet d’au moins 540 km (300 NM), avec des atterrissages avec arrêt complet sur 2 aérodromes différents.
Ces conditions garantissent qu’avant d’apprendre à enseigner, le futur instructeur maîtrise déjà le pilotage et la navigation à un bon niveau d’autonomie.
Le déroulé de la qualification FI(A)
La formation commence par une évaluation d’entrée, généralement en vol et qui peut, selon les écoles, être complétée par une évaluation théorique. Cette évaluation en vol doit être passée avec un instructeur/évaluateur dans les 6 mois précédant le début de la formation. Elle vérifie que le candidat a le niveau de pilotage et d’aisance nécessaire pour suivre la formation ; elle s’appuie sur le contrôle de compétences des qualifications de classe et de type.
Le cours est défini par la réglementation (EASA, Part-FCL, règle FCL.930.FI). Il s’organise en deux parties : une partie théorique et pédagogique, puis une partie de vol. La première partie comprend au moins 100 heures d’instruction théorique — tests de progression compris — et 25 heures d’enseignement et d’apprentissage. La seconde compte au moins 30 heures d’instruction en vol, dont 25 en double commande, une partie pouvant se faire sur simulateur.
Ces 25 heures d’enseignement et d’apprentissage — couramment appelées Stage Psychopédagogique (Teaching & Learning en anglais) — sont le cœur théorique de la formation. On y apprend comment un élève apprend et comment le lui enseigner : processus d’apprentissage, méthodes d’enseignement, planification des leçons, analyse des erreurs de l’élève, facteurs humains appliqués à l’instruction. Ce module a une particularité : une fois acquis, il est crédité pour toutes les autres qualifications d’instructeur que l’on passera ensuite — instructeur de classe (CRI), de vol aux instruments (IRI), de type (TRI) : c’est un socle commun à tout le métier d’instructeur, acquis une fois pour toutes.
La partie de vol est la formation pratique du futur instructeur : il n’y apprend pas à mieux piloter, mais à enseigner le pilotage. C’est là, et non dans le module de psychopédagogie, que se travaillent les briefings : le briefing long — la présentation détaillée d’un exercice devant un auditoire — et les briefings courts conduits juste avant et pendant le vol. Le stagiaire apprend à les construire, puis à mener la leçon en l’air depuis le siège de l’instructeur. Ces exercices sont encadrés par un instructeur lui-même qualifié pour former des instructeurs — un « FI de FI » —, qui joue souvent le rôle de l’élève débutant pour mettre le futur instructeur en situation.
Toute la formation, comme l’évaluation finale, repose sur un référentiel de compétences défini par l’EASA (règle FCL.920) : dix compétences attendues de l’instructeur, de la préparation des ressources et de l’animation d’un climat propice à l’apprentissage jusqu’au suivi de l’élève et à la gestion des menaces et des erreurs (TEM). C’est une approche par compétences, aujourd’hui au cœur de la formation des instructeurs.
La qualification est validée par une évaluation de compétence finale (Assessment of Competency en anglais), distincte et postérieure à la formation : son temps ne s’impute pas sur les heures du cours.
La durée en calendrier de formation dépend de l’organisation de chaque école et du rythme du stagiaire ; la réglementation fixe des volumes d’heures, pas une durée en semaines.
Les restrictions de l’instructeur débutant
Obtenir la qualification ne donne pas immédiatement tous les droits. La réglementation (EASA, règle FCL.910.FI) prévoit que l’instructeur fraîchement qualifié exerce d’abord sous la supervision d’un instructeur expérimenté, désigné par l’organisme de formation où il exerce, dans plusieurs cas : la formation à la délivrance du PPL et du LAPL, les cours intégrés au niveau PPL, les qualifications de classe et de type pour avions monomoteurs monopilotes, et les qualifications de nuit, de remorquage ou de voltige.
Pendant cette période encadrée, l’instructeur débutant ne peut pas autoriser un élève à effectuer son premier vol seul à bord, ni sa première navigation en solo — des décisions laissées à un instructeur confirmé. Ces restrictions sont levées lorsque l’instructeur avion a accompli au moins 100 heures d’instruction en vol et supervisé au moins 25 vols solo d’élèves. C’est à partir de ce seuil qu’il exerce de façon pleinement autonome.
Les autres qualifications d’instructeur
Le FI est le certificat d’instructeur de base, mais le système européen en compte plusieurs autres, chacun correspondant à un domaine d’enseignement. L’instructeur de qualification de classe (CRI) forme aux qualifications de classe d’avions monopilotes ; l’instructeur de vol aux instruments (IRI) forme à la qualification IR ; l’instructeur de qualification de type (TRI) forme aux qualifications de type, notamment celles des avions de transport exploités par les compagnies aériennes. S’y ajoutent des certificats pour l’entraînement sur simulateur (SFI, STI) ou pour le travail en équipage (MCCI).
Un même instructeur peut détenir plusieurs de ces certificats et étendre ses privilèges avec l’expérience. Le FI ouvre la voie : c’est à partir de lui que se construisent, avec l’expérience, les qualifications d’instructeur plus avancées. Néanmoins, il est tout à fait possible de débuter directement par une qualification TRI ou MCCI si le candidat dispose des prérequis réglementaires.
Débouchés, exercice et validité
L’instructeur avion FI(A) exerce principalement au sein d’organismes de formation agréés (ATO), d’organismes déclarés (DTO) ou d’aéroclubs. Pour le jeune professionnel, l’instruction est fréquemment la première activité rémunérée après la licence, celle qui permet de voler régulièrement et d’acquérir de l’expérience avant, pour ceux qui le visent, un poste en compagnie. Pour d’autres, elle constitue une activité durable, à temps plein ou partiel.
Le certificat d’instructeur est valable 3 ans (EASA, règle FCL.940.FI). Pour le proroger, l’instructeur doit remplir, avant l’échéance, au moins deux des trois conditions suivantes : avoir accompli un volume d’instruction en vol défini, avoir suivi un séminaire de rafraîchissement d’instructeur dans un organisme agréé, ou avoir réussi une évaluation de compétence. Au moins une prorogation sur deux passe obligatoirement par cette évaluation. Le certificat reste donc vivant : il se maintient par l’activité et la formation continue.
Foire aux questions
Faut-il un CPL pour devenir instructeur de vol ?
Pas obligatoirement. On peut accéder à la formation d’instructeur avion en détenant un CPL(A), mais aussi en détenant seulement un PPL(A) — à condition, dans ce cas, d’avoir réussi l’examen théorique du CPL (ou ATPL) et d’avoir accompli au moins 200 heures de vol, dont 150 comme commandant de bord. La théorie CPL n’est pas exigée pour un instructeur destiné à former au seul niveau LAPL.
Combien d’heures de vol faut-il pour devenir instructeur ?
Pour le candidat venant de la licence privée (PPL), au moins 200 heures de vol sur avions ou motoplaneurs, dont 150 comme commandant de bord, auxquelles s’ajoutent des exigences précises : 10 heures d’instruction au vol aux instruments, 20 heures de navigation VFR en commandant de bord, 30 heures sur l’avion de la formation et un vol de navigation d’au moins 540 km. Le titulaire d’un CPL relève de conditions adaptées à sa licence.
Peut-on être instructeur avec un PPL ?
Oui. La réglementation permet de devenir instructeur avion avec une licence de pilote privé (PPL), sous réserve d’avoir réussi l’examen théorique du CPL (ou ATPL) et de réunir l’expérience de vol exigée. Un instructeur destiné à former uniquement au niveau LAPL est dispensé de la théorie CPL.
Combien de temps dure la formation d’instructeur ?
La réglementation fixe des volumes, pas une durée en semaines : 25 heures d’enseignement et d’apprentissage, au moins 100 heures d’instruction théorique et au moins 30 heures d’instruction en vol. La durée en calendrier dépend de l’organisation de l’école et du rythme du stagiaire. Une évaluation de compétence finale s’ajoute à ce temps de formation.
Un instructeur débutant peut-il enseigner seul ?
Pas tout de suite. Au début, l’instructeur exerce sous la supervision d’un instructeur expérimenté pour plusieurs types de formation, et ne peut pas autoriser les premiers vols solo des élèves. Ces restrictions sont levées une fois qu’il a accompli 100 heures d’instruction en vol et supervisé 25 vols solo d’élèves.
Le certificat d’instructeur est-il valable à vie ?
Non. Il est valable 3 ans. Pour le proroger, l’instructeur doit remplir avant l’échéance au moins deux des trois conditions prévues : un volume d’instruction en vol, un séminaire de rafraîchissement, ou une évaluation de compétence — cette dernière étant obligatoire au moins une fois sur deux.
Quelle différence entre un FI et un TRI ?
Le FI (Flight Instructor) est l’instructeur de vol de base (formation dite « initiale ») : il forme au PPL, au LAPL et aux qualifications d’avions monopilotes. Le TRI (Type Rating Instructor) forme aux qualifications de type, notamment celles des avions de transport exploités par les compagnies aériennes. Le FI est le point de départ ; le TRI est une qualification d’instruction plus avancée, qui suppose une expérience adaptée.
Combien gagne un instructeur de vol ?
La rémunération varie selon le statut et le cadre d’exercice : vacations en aéroclub, contrat salarié en organisme de formation, activité à temps plein ou partiel, instructeur en auto-entreprise… Il n’existe pas de grille unique. Pour une partie des instructeurs, l’activité est aussi un premier emploi rémunéré de pilote et un moyen d’acquérir de l’expérience, autant qu’une source de revenu en soi.
Se former chez Iroise Aéro Formation
Iroise Aéro Formation prépare la qualification d’instructeur de vol (FI) dans le cadre d’un organisme de formation agréé (ATO) par la DGAC, conforme au référentiel EASA, avec des instructeurs expérimentés et notre propre flotte. La formation associe le volet théorique et pédagogique au volet de vol, jusqu’à l’évaluation de compétence, et prépare à l’exercice du métier. Nos instructeurs sont eux-mêmes formés et standardisés selon l’approche par compétences en vigueur dans le transport aérien (IEC/EBT — Instructor and Evaluator Competencies, Evidence-Based Training), gage d’une instruction rigoureuse et homogène.
L’école est certifiée Qualiopi et plusieurs dispositifs de financement peuvent être mobilisés selon votre situation : CPF, France Travail, Transitions Pro, OPCO. Pour étudier votre projet et connaître les conditions d’accès, découvrez notre formation d’instructeur ou contactez-nous.
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